Jeunes Artistes en Europe – Les Métamorphoses

Klára Hosnedlová, Instalation, série Seated Woman, 2019. Broderie et cadre en terrazzo © Klára Hosnedlová. Photo © Zdeněk Porcal.

L’exposition Jeunes Artistes en Europe – Les Métamorphoses à la Fondation Cartier s’est achevée ce dimanche 16 juin. Après avoir cherché des artistes européens, souvent fraichement sortie de leur école, l’équipe de la Fondation Cartier propose une sélection de 21 artistes, issus de 16 pays différents, tous médiums confondus. Il s’agit pour la plupart d’entre eux de la première exposition dans une institution internationale. Les créations des artistes sont des Métamorphoses, se traduisant par la modification d’objets ou de matière, de la transformation d’espace, mais tous ont en commun l’envie de relever les problématiques de plus en plus présentes dans notre société. Parmi ces 21 artistes, trois ont retenu notre attention.

Klára Hosnedlová, série Seated Woman, 2019. Broderie et cadre en terrazzo © Klára Hosnedlová. Photo © Katia Jugi.

Plongée dans un univers féminin, intime et théâtrale, les œuvres de Klara Kosnedlova prennent place dans une installation aux teintes rose poudré. Ses créations reflètent ses questionnements sur l’espace domestique et de la décoration d’intérieur. Le sujet de l’œuvre est basée sur des détails de photos saisies au cœur des installations qu’elle conçoit.  La technique de cette artiste est remarquable, alternant le travail de la céramique pour les cadres et de la broderie pour les portraits. Il faudrait presque être à quelques centimètres de l’œuvre pour en saisir la minutie des détails, des effets de lumières et de matières.

Hendrickje Schimmel, An Order of Things, Tenant of Culture

A travers son œuvre Tenant of Culture, Hendrickje Schimmel dénonce l’impact de la surproduction de textile sur l’écologie. « En l’espace de 15 ans, la consommation occidentale de vêtements a doublé, alors que nous les conservons deux fois moins longtemps. L’industrie du textile est devenue un pollueur majeur » selon Notre-planete.info. L’industrie de la mode encourage à la consommation jetable, en proposant en permanence de nouvelles collections, incitant à renouveler perpétuellement sa garde de robe. Avec son installation, l’artiste reprend l’atmosphère d’une boutique en y exposant différents articles métamorphosés ; des mannequins au regard vide portent les créations, des chaussures qui s’apparentent davantage à une sculpture, des assemblages de sacs et de manteaux ne font plus qu’un. A travers son œuvre, elle dénonce le gaspillage et l’exigence de l’esthétique où aucune usure et saleté ne peut être portée. En se réappropriant ces habits laissés à l’abandon, elle leur donne une seconde vie et tend à rendre esthétique, ce qui était devenue repoussoir.

Gabriel Abrantes, A Brief History of Princess X, 2016 ©Herma Films et Les Films du Bélier

Le choix scénographie de l’espace inférieur, plaçant l’installation de l’artiste Klara Kosnedlova face au court métrage de Gabriel Abrantes permet de créer tout un univers autour du féminin et de son intimité. Gabriel Abrantes est le gros coup de cœur de cette exposition, lorsque l’on est fervent défenseur du féminisme comme l’équipe Parlonz’En ! Intéressé par la question du genre et de l’identité, l’artiste réalise de nombreuses vidéos sur cette thématique avec humour. A Brief History of Princess X raconte la genèse de l’œuvre Pincesse X par Constantin Brancusi. Ce qui était censé être le portrait de la princesse Marie Bonaparte devient alors un phallus. A travers cette vidéo, Gabriel Abrantes reprend les questions de domination entre les genres mais également l’étude du sexe féminin par le biais de la discussion entre le sculpteur et la princesse. Néanmoins, le sujet qui est le plus passionnant porte sur la réflexion du corps féminin.  « Mon clitoris, par exemple, a un écart de 73mm à celui de mon vagin ! » exclame l’actrice jouant Marie Bonaparte, se plaignant d’avoir des difficultés à éprouver du plaisir durant les rapports. Encore à ce jour, l’étude du corps de la femme est assez limitée, notamment au niveau gynécologique et sexuel. On apprend grâce à ce court métrage que la princesse a elle-même appliqué ses propres théories, sur l’éloignement du clitoris, en s’opérant à deux reprises, malheureusement sans succès pour obtenir le plaisir qu’elle avait souhaité. Femme savante, elle écrivait à ce sujet, tel que l’article « Considérations sur les causes anatomiques de la frigidité chez la femme » publié dans la revue « Bruxelles Médical » en 1924. Alors pourquoi l’éloignement du clitoris ? Selon les études de Mihaeal Pavlicev (Université de médecine de Cincinnati, Ohio) et son collègue de l’université de Yale (Connecticut), l’orgasme contribue à l’ovulation. Or avec le temps, une distance clitoridienne se creuse, l’orgasme perdant de son importance pour l’ovulation. Quant à la Femme, la séparation des organes est plus poussée, l’ovulation est déconnectée de l’orgasme.

Comme le montre ce court métrage, le corps de la femme n’est pas assez étudié et souvent peu pris en considération par le corps médical, ce qui a amené Parlonz’En à organiser une vente caritative d’œuvres d’art afin de contribuer à le recherche contre l’endométriose. Ce projet One Out of Ten aura lieu à la Mairie du 5earr. de Paris, du 15 au 16 novembre et inclura également une conférence d’expert.

Gabriel Abrantes, A Brief History of Princess X, 2016 ©Herma Films et Les Films du Bélier

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